Les Cul-Lot-Thé/Épisode5 : Revirement
Tout est un luxe du moment où on est en manque. Robert se rendit compte de cela quand, en titubant, il quittait la chambre sous les murmures boudeurs de la dame de service. Il se rappela qu'il y avait près de trois mois qu'il n'avait pas pu dormir sur un lit. Bien que cette nuit fut bouleversante mais il avait quand même pu se poser sur un matelas sans avoir à se gratter sans arrêt. Sans avoir à éclairer son lit pour écraser ou plutôt péter ces insectes qui lui donnaient, parfois, des furoncles à chaque morsure. Il a pu s'appuyer contre un matelas sans avoir à chercher un bout de citron pour se frotter les démangeaisons. Il adressa en lui même, presque comme une prière, un merci à Makala.
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- Pourquoi dors-tu par terre ? Avait demandé sa mère un soir où elle s'était montrée particulièrement soucieuse.
- Parce qu'il y a des punaises sur mon lit.
Le sang froid de son fils l'avait étonné. Man Sol se déplaça sans rien ajouter.
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Robert s'acheta deux pâtés bien fourrés -hareng saur, poulet, œuf sans oublier l'oignon, le chou et la tomate- et une gazeuse. Ce qui constituerait son petit déjeuner. Il aurait bien voulu rester encore un peu. Rester dans ces rues délabrés et enlaidies puant une odeur âcre à chaque coin et au pied de chaque poteau. Car c'est là que certains, comme Robert, insouciants et désinvoltes, urinaient. Presque comme des chiens de rue. Sauf qu'eux mêmes, ils ne soulevaient pas une patte. Mais secouaient toujours leur tête de serpent avant de le replacer dans son fourreau. Robert préférait ce senteur là à celui du corridor où il habitait. Eau et urine mélangées dans de flaques stagnantes, les couches artificielles de bébé, les eaux de vaisselle contenant des restes et des miettes. Tout cela répugnait Robert. Mais il devait rentrer pour ne pas inquiéter sa mère. À son arrivée, la maisonnette était vide. Il avait oublié que les mardis soirs, pour sa mère, étaient consacrés aux veillées de prière. Tant mieux se dit-il, j'évite ainsi le rablabla de la vieille.
Robert se surprit à penser à Makala, au plan de cette dernière qui avait échoué, à l'érection qu'elle provoqua. On n'aime pas avec le cœur mais avec la tête. N'est-ce pas aimer quelqu'un que de toujours le porter des ses pensées ? Et c'est cela qui provoque cette sensation dans la cage thoracique. Aimer avec sa tête c'est atteindre un autre niveau d'émotions et de connexions sans égales. Le cœur, c'est trop charnel et ses folies sont passagères. Avec les pensées c'est un rêve qui se fait édifice et éternité. Hélas ! Poumons et méninges doivent se compléter.
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Après avoir mangé, Robert travailla ses photos. Il se souvint avoir vu une annonce d'une magasine en ligne qui voulait avoir des photos de personnes mais surtout de femmes rondes. Ah ! Ça tombe bien, se réjouit-il. Cette culottée de Makala est une bénédiction , on dirait. Il se réprimanda. Trente minutes après avoir transféré les trois photos exigées, ses informations personnelles et ses motivations il reçu un mail : Merci monsieur Amer de votre intérêt. L'équipe apprécie votre travail. Cependant, nous voudrions avoir des clichés qui mettent plus en valeur le corps et les courbes.
Vous avez une semaine pour nous les transférer. Passer ce délai, nous serons dans l'obligation de supprimer votre candidature.
Merci.
Robert cria de joie car il était sur la bonne voie pour se faire l'argent. Le magazine proposait cents dollars par photo, le mannequin inclus. Il galopa tel un cheval des prés. Et son bonheur s'estompa quand il se rappela qu'il ne pourrait plus utiliser son cobail. Il s'assit et commença à réfléchir. Où vais-je trouver des rondes? Comment vais-je négocier pour garder plus d'argent ? Ne pourrais-je pas embobiner Makala? (...)
Texte : Micaëlle Charliflor
Illustration : JosA
L'appetiL grimpe.
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