Les Cul-Lot-Thé/Épisode 7 : Mémoires
Notre passé ne s'efface jamais. Il est attaché à nous un peu comme notre ombre, dit-on. C'est exactement ce qui reliait Makala et Gouwoko : Le Passé. Dans la période où elle était fille de joie, Gouwoko la visitait régulièrement et il était ponctuel. Tous les vendredis soirs, huit heures trente précises, dans ce pénombre, sous ce poteau, quelque chose avait attiré ce mec dégingandé qu'était Gouwoko à l'époque. Pourtant, il avait du potentiel et souvent Makala a voulu l'évaluer mais sans succès.
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- mais Gouwoko, qu'est-ce qui s'est passé ? Comment ça va? Et ta fiancée ? Mais quel changement !
Makala ne se rappela même pas qu'elle avait le torse mouillé, elle étreignit son ancien ami avec beaucoup de douceur. Gouwoko éprouva une émotion singulière au contact de la poitrine de la jeune femme. C'était presque comme un nuage en train de se fondre sur son estomac. Il répondit à l'étreinte tout en confirmant ses suspicions. En effet, ils se sont connus à des périodes difficiles. Au moment de transitionner, ils s'étaient perdus de vue. Gouwoko piochait dans sa tête sans se rappeler qui était cette femme si enthousiasmée de sa présence. Ce qui l'énerva un peu car il se savait doté d'une très bonne mémoire visuelle. Le fait est que la lumière de la lune ne lui suffisait jamais pour bien voir le visage de son amie mondaine.
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-et pssst! Viens donc par ici mon bébé. Maman veut prendre soin de toi. Viens que je t'offre un voyage. Tu me plais ! Je te le fais à moitié prix et ce sera un plat complet. Tiens -elle sortit on ne sait des papiers- je me suis faite dépister cette semaine. Aucune ISTT ni de MST, donc tu pourras faire ce que tu voudras de moi. Eh! Tu es muet ?
Ce soir là, Gouwoko revenait d'une réunion de prière. Il se sentait seul, il n'avait nul part où se rendre. Il pensait à sa fiancée partie faire des études à l'étranger. Ses câlins lui manquaient, il voulait d'une présence auprès de lui, n'importe laquelle sauf celle de sa vieille mère, une malade mentale. D'ailleurs, cette dernière était dans un hôpital psychiatrique. Ne le sommes nous pas tous ici!? Des fous endormis, des psychopathes en veilleuse, des schizophrènes endurcis. On se demande d'où vient cette force mentale qui nous anime. Cet espoir qui nous accroche à l'existence et cet amour inaliénable de la vie.
- non merci ! Je n'ai pas besoin de ces services mademoiselle. Merci !
- d'accord. Tu veux quoi alors mon chou?
- parler !!!
Et elle explosa d'un rire sonore qui gêna un peu le jeune homme réservé qu'était Gouwoko. Pour lui, c'était la vulgarité incarnée. Une femme, ça se doit d'être discrète, et soumise, et gentille et consentante. Et tout ce qu'il y a de plus sensible, de plus sensible. C'est ce qu'il avait appris en tout cas. C'est ce qui était la norme ici, en tout cas.
- ah! Je m'excuse monsieur. C'est que tu dois vraiment te sentir seul pour avoir besoin d'une personne à qui parler.
- j'aime bien être seul dit-il pour se défendre.
Il se rappela alors de cette phrase qu'il avait lu quelque part, dans un roman sûrement "la solitude, c'est quand on ne souhaite plus être seul tout en étant incapable de changer sa situation."
- bon d'accord ! Puisque j'aime bien ton poil, je suis disposée à te faire plaisir de la manière qui te conviendra. Mais tu devras tout de même me payer car je dois rentrer chez moi et m'assurer au moins un repas pour demain. Ça te va?
Puisqu'ils marchaient, il fut le premier à se stopper et il dévisagea cette femme presque nue qui semblait mener une mauvaise vie mais qui le subjugait. Makala se sentit gênée et regretta son comportement. Elle avait enfreint l'une des règles du métier. Une prostituée, ça n'expose pas ses sentiments ! Elle fait des avances. Dans les meilleurs des cas, elle négocie. Et offre sa chair. Honteuse, Makala se retourna pour rejoindre son poteau.
- attendez! Affaire conclut dit Gouwoko en offrant sa main à Makala.
Premier contact.
(...)
Texte : MicaëlleC.
Illustration : JosA
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