Jour de l'an
Il devait être huit heures et trente minutes, toute la famille se préparait pour se rendre à cette veillée de prière. C'était devenu une sorte de coutume pour nous et pour bon nombre de citoyens. C'était le moment de dire un grand merci général à Dieu et lui remettre la nouvelle année. Je n'avais rien contre cela, mais moi je ne voulais plus me prêter à ce jeu là. Je ne voulais plus faire semblant de prier d'ailleurs je finissais toujours par m'endormir. Tout jeune que je suis je ne pouvais pas dire à mes parents que je ne veux pas me rendre à ce culte. Je n'en avais pas le droit. J'ai utilisé toutes les ruses possibles, inventé toutes les excuses imaginables mais maman avait parlé et rien ne pouvait lui faire changer d'avis. Pas même mon père, ce pantin d'homme. Maman avait toujours le dernier mot sur tout. Ses décisions étaient sans appel et elles étaient, selon elle, toujours les meilleures sur quelque soit le sujet. Je ne comprenais pas pourquoi mon père se comportait ainsi, passif et toujours consentant, alors que partout ailleurs c'était le contraire. Dans le voisinage et même à l'église. Jamais je ne serai comme lui.
Helta, ma grande sœur, était plutôt coquette et je la trouvais un peu trop charmante. Ah! J'oubliais. Son fiancé allait lui aussi prendre part à cette sorte de réveillon. Peut-être qu'ils ont rendez-vous ! De toute façon, je ne suis pas trop informé des actions de ma sœur mais je la trouve très futée pour duper cette dame de bronze qu'est ma mère. Makennta, ma cousine venue passer la période de fin d'année avec nous, est d'une beauté simple et discrète ; tout le contraire de Helta. Elles représentent pour moi les deux courants majeurs de la beauté. L'un où la beauté est presque dérangeante tant elle est subvervive et intrigante. L'autre où elle est calme, timide et même secrète. Mon père, toujours silencieux, était assis sur la gallerie et attendait. Ma mère, je ne savais pas trop ce qu'elle faisait. Et moi, je réfléchissais à une ultime ruse à utiliser, une dernière carte à jouer pour ne pas participer à cette activité. Je ne voulais pas entendre ces témoignages bizarres et méfiants.
Les rues étaient pleines comme des œufs. Les piétons devaient se surveiller, faire attention aux piétons, aux marchandises étalées à même le trottoir et sur une bonne partie de la chaussée. Esquiver les motos et ne pas se laisser frapper par les voitures. Circuler dans la ville est devenu une véritable lutte dont on doit absolument sortir vainqueur. Mon père, plus patient et moins brute que ma mère a dû convaincre cette dernière de le laisser conduire. Son ultime acte héroïque. Je l'ai glorifié à l'intérieur de moi. Nous sommes tous restés silencieux et suspicieux. J'ai donc mis mes écouteurs, histoire de m'évader un peu.
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Sur le chemin du retour, ma maman n'a pas cessé de se plaindre de notre passivité. Et pour nous taquiner elle nous formula une question à laquelle le paternel n'a pas voulu répondre. Mais ma sœur se lança tout de go :
- je ferai en sorte d'avoir mon diplôme et si possible je me marierai(papa se racla la gorge). Je compte aussi m'investir dans des actions sociales. Du bénévolat par exemple.
- hmmm... Je vois, dit maman. Et toi Makennta ?
elle sursauta. Un peu comme quelqu'un qui se croyait ne pas être concerné par la question.
- et bien, je vais continuer à travailler pour être la plus brillante de ma classe. Je veux aussi être lauréate nationale pour les examens du bac et juste après je veux intégrer une université. Je continuerai à lire et à faire des recherches.
-Bravo nièce chérie. Fier de toi.
- merci Oncle Gobenko
Personne ne comprit pourquoi papa avait féliciter Makennta. De toute façon, on y repensera après. C'était mon tour de répondre à la question et j'étais sûr que j'allais choquer tout le monde. Gobenko un peu moins.
- pour ma part, je reste à croire que tout ce qu'on fait là n'est qu'illusion. D'abord est-ce que le temps change? Non. D'accord il y a variation de température mais c'est toujours le même soleil et la même lune. Il n'y a que nous, êtres humains, qui nommons les jours et les années pour mieux nous situer. Moi même, si j'avais à prendre de nouvelles résolutions je n'attendrais pas le jour de l'an. D'ailleurs ce n'est pas le jour qui va me changer mais c'est plutôt moi qui aura à faire de mon mieux pour que chaque jour soit différent l'un de l'autre. Alors maman, papa, Helta et Makennta désolé si je vous déçois mais je ne me fixe aucun objectif précis si ce n'est que de toujours rester attentif, apprendre et grandir. Disons que ces derniers sont des attitudes que je compte garder donc rien de nouveau et...
- qui t'a appris à réfléchir ainsi Akwili? la maternelle m'interrompit...
Je ne dis rien. Les deux filles à côté de moi avait l'air inquiètes et la colère de ma mère augmentait. Gobenko, sur le volant prenait un air que je n'arrivais pas à décrire mais il était comme moi, calme.
- alors tu ne vas pas me répondre petit effronté me dit maman. Je vais te faire savoir.
- bon sang! Laisse donc l'enfant évoluer Kamaksi.
À ces mots, j'ai donc su que cette année qui s'amenait allait être l'une des meilleures pour moi.
Texte : Micaëlle Charliflor
CP : ThéoPhotography
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