Petit récit de trois parties distinctes, écrit dans un langage familier, la narratrice y fait figure de rêveuse. Elle embarque allègrement dans une courte aventure qu'elle sait sans lendemain, elle y prend son plaisir et y tire ses leçons.C'est un texte osé (mais tendance), libertin, écrit à la première personne.

Tout est sujet à éveiller des souvenirs. Une chanson, une recette, une odeur, un parfum, un bar, une rue. Et toute situation nous apprend quelque chose. La mer, c'est ce qui me rappelait Pierry. Avec lui, tout s'était passé très vite. Je n'ai même pas eu l'idée de regretter quoique ce soit. C'était plutôt une aventure constructive pour moi et j'en ai pris du plaisir.
         Pierry LEMAIRE faisait un stage à mon école en tant que psychologue. Une ou deux fois il a eu à faire des séances de consultation pour les élèves de la terminale. Certaines des filles disaient, ouvertement, lui avoir menti car elles ne lui faisaient pas confiance. Selon moi, c'était une réaction normale puisqu'on n'était pas habitué à la présence ou la fréquentation masculine . Ils étaient peu nombreux à dispenser des cours et n'étaient pas dutout jeunes.
On s'était rapproché le jour de la remise des diplômes de fin d'études secondaires. Juste une salutation plus longue que d'habitude et on a un peu dansé. Il y a eu comme un déclic, je l'ai apperçu dans son regard et dans son corps. Au moment de partir il me félicita en me donnant un grand et gros câlin, heureusement, mes parents n'étaient pas tout près sinon ils m'auraient questionnée.
Le soir même, je lui écrivis pour confirmer mes soupçons.
- Si je n'avais pas un rendez-vous important, je t'aurais invitée à boire une bière, se plaignit-il.
- Cela n'aurait pas été possible de toute façon.
- J'espère te revoir en tout cas.
- Veux-tu flirter avec moi?
Je savais que cette interrogation lancée tout de go lui aurait fait de l'effet.
Il mit un peu de temps avant de répondre.
- Faudra que je sois en face de toi pour te le dire
- J'ai la permission de sortir le vendredi après midi. Ça t'ira?
- D'accord mademoiselle. On reste en contact.
             ****
Je n'allais pas chez lui pour le sexe mais nous le faisions à chaque fois. Je savais pertinemment qu'il ne passait qu'un besoin avec moi.  Sa fiancée était à l'étranger et moi j'étais disponible. D'ailleurs, je ne m'étais pas encore engagée avec Denis, avec lui c'était quelque chose d'à part, de particulier ; je sentais que je voudrais de lui toute ma vie donc je prenais mon temps.
Je remarquai que Pierry était beaucoup plus ouvert et plus réceptif après chaque éjaculation. Comme si l'acte était un peu comme un stimulus. Il n'y avait que deux éléments qui toujours, tel un aimant, m'attiraient dans cette grande pièce découpée d'un rideau. Son sourire et cette vue. Son sourire m'exorcisait et m'exaltait à la fois. Quand il souriait et qu'à la fois il me regardait, même nue, je sentais qu'il me déshabillait. Comme si, d'un arbre, il enlevait l'écorce. Je ne sais pas s'il en avait conscience. Quand il souriait, c'était pour moi comme une invitation à partager avec lui ce sourire et de m'ouvrir entièrement à lui. Mais je savais pertinemment que tout cela ne concernait que moi, il n'y avait que moi, en recevant ce sourire, qui le traduisais d'une manière à ce qu'il ait autant d'effet sur moi. Les mots et les gestes n'ont d'efficacité que dans l'intention du récepteur. Première chose apprise.
Au nord de la chambre, il y avait une fenêtre. De là, je pouvais admirer la mer, les montagnes, le soleil et quelques bateaux dans un semblant de port. J'avais entendu une fois, l'horizon c'est l'illusion optique de la rencontre du ciel et de la mer, et bien, je l'avais admiré chez lui pour la première fois. Et c'était beau, et suave, et doux, et sensible. Dans ce coin, je pouvais admirer toute la beauté de l'île.
-Tu exagères ma chère, me réprimanda-t-il quand j'ai évoqué que cette vue était inspirante. Je remarquai que jamais il ne prononçait mon nom.
Devant cette fenêtre je me sentais fondre à chaque fois. J'ai réalisé que je ne me donnerai pas dans cet emplacement, j'ai su que c'était la dernière fois qu'on se verrait lorsqu'à notre troisième rencontre il m'y rejoignit.
- Laisse moi voir ce qui t'éblouit autant, me dit-il. Ah! C'est vrai que c'est beau je n'ai jamais pris du temps à regarder.
Et du même coup, il attira mon attention sur l'autre côté de la fenêtre. Une vraie bidonville. Des maisonnettes empilées, ternes. Un vrai contraste. Il me rejoignit dans ma rêverie et ma jubilation tout en me ramenant à une réalité révulsante. Tout en me poussant à faire la balance. Un élément tellement essentiel dans cette vie. Maintenir l'équilibre pour ne pas se perdre, pour ne pas atteindre la démence, pour tout simplement mieux jouir de son existence. Deuxième chose apprise.
                ****
On n'avait pas fait d'adieu. J'ai été tentée de le revoir, bien qu'en mon fort intérieur je voulais attendre Denis pour lui donner tout ce jus que je retenais depuis un bon bout de temps.
- Je suis tout près, lui dis-je.
-Mince! J'avais oublié de te dire que j'avais un travail à faire. Je viens de sortir.
- Ok, répondis-je tout simplement.
J'avais dépensé un argent pour rien, je n'avais rien laissé voir au cycliste. Pierry l'avait peut-être fait exprès mais il m'avait permis de tenir cette promesse que je m'étais faite tacitement. Parfois, certaine situation peut nous énerver à un point tel que l'on peut se mettre à nourrir de mauvaises pensées, à dégager de mauvaises énergies. Pourtant, il suffit d'être toujours attentif et calme, se préparer à toute éventualité. Surtout prendre la vie du bon côté car elle nous offre toujours quelque chose de positive. Troisième chose apprise.
J'ai bien grandi et je suppose que Pierry aussi. On se parle encore mais rarement. J'admire encore son sourire, je le vois en photo. Il ne saura, peut-être, jamais tout ce que j'ai vécu et appris durant notre flirt mais au moins je sais qu'il me considère comme une jeune dame fière et épanouie qui s'achemine vers son rêve. En tout cas, c'est l'image que j'espère avoir laissé.
Texte : Micaëlle Charliflor
Critique  : Michaël Jean-Baptiste

Commentaires

  1. Félicitations Mica !

    Je suis fier de toi. T'as tellement grandi, que tu es arrivée à m'apprendre trois bonnes leçons.
    Merci de tout coeur

    Je te souhaite plein de succès Mica !

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    1. Merci beaucoup. Contente que le texte t'ait plu. Sauf que, ce n'est pas moi qui ai grandi Mais plutôt la narratrice.

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  2. Hmmmm-hmmm !
    Telle une tasse de thé gingembre.
    Merci et bravo.

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  3. Très beau texte! Félicitations!

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